La question revient à chaque rendez-vous avec un épargnant de plus de 55 ans, et elle est bien posée : l’assurance-vie est l’enveloppe française de la transmission, alors autant y mettre ce qu’on veut transmettre. La réponse est non, et elle ne dépend ni de l’assureur ni du montant. Ce qui se joue derrière, en revanche, se règle ailleurs : dans la donation de crypto-actifs de son vivant et dans la succession.
Ce que dit le code des assurances
Un contrat en unités de compte ne peut pas référencer n’importe quoi. L’article R. 131-1 du code des assurances énumère les supports admis : les actifs listés à l’article R. 332-2, des parts ou actions de placements collectifs, des fonds de capital-risque, des actions de sociétés commerciales, des parts de fonds de fonds alternatifs, des titres associatifs.
Les crypto-actifs n’y figurent pas. Pas comme exclusion explicite : la liste est fermée, et ce qui n’y est pas ne peut pas servir d’unité de compte.
Le mouvement récent va d’ailleurs dans l’autre sens. Le décret n° 2026-341 du 30 avril 2026, applicable depuis le 6 mai, a modifié cet article pour fermer le référencement de nouveaux fonds d’investissement alternatifs non réglementés. L’ouverture attendue par une partie du marché ne s’est pas produite.
Les expositions indirectes, et ce qu’elles valent
Il reste 2 chemins, qui ne mènent pas au même endroit que détenir du bitcoin.
Des fonds professionnels spécialisés peuvent détenir des crypto-actifs, à condition de respecter les règles de liquidité et de valorisation qui s’imposent à eux. Leur référencement dans un contrat dépend de chaque assureur, et ils s’adressent à des investisseurs avertis.
Des fonds d’actions investissent dans les sociétés du secteur : plateformes cotées, sociétés minières, fabricants de matériel. Vous achetez alors des entreprises dont l’activité dépend des crypto-actifs, pas les crypto-actifs eux-mêmes. Leurs cours ne suivent pas toujours ceux des crypto-actifs.
Dans les deux cas vous payez les frais du fonds et ceux du contrat, et vous ne choisissez pas ce qui est détenu. Appeler cela une assurance-vie en bitcoin serait faux.
Ce que vous cherchiez vraiment : transmettre
9 fois sur 10, la question de l’assurance-vie est une question de transmission. Voici ce que les deux enveloppes font, côte à côte.
Sur téléphone, faites glisser pour passer d'une ligne à l'autre.
| Ce qui compte | Assurance-vie, primes versées avant 70 ans | Crypto-actifs détenus en direct |
|---|
| Ce qu’on peut y loger | Euros, fonds, actions, immobilier. Aucun crypto-actif | Tout crypto-actif |
| Abattement | 152 500 € par bénéficiaire | 100 000 € par enfant et par parent |
| Taux au-delà | 20 % jusqu’à 700 000 €, puis 31,25 % | Barème des droits, de 5 % à 45 % en ligne directe |
| Choix du bénéficiaire | Libre, par la clause bénéficiaire | Encadré par la réserve héréditaire |
| Place dans la succession | Hors succession pour l’essentiel | Dans la succession |
| Conjoint ou partenaire de PACS | Exonéré | Exonéré |
Une précision qui coûte cher à ceux qui l’ignorent : les primes versées après 70 ans changent de régime. Elles relèvent de l’article 757 B, avec un abattement global de 30 500 €, tous bénéficiaires confondus, et les droits de succession ordinaires au-delà. Après 70 ans, l’avantage se réduit à cet abattement et à l’exonération des gains du contrat.
Ce qui remplace l’enveloppe, pour des crypto-actifs
La donation fait le même travail, autrement. L’abattement de 100 000 € par enfant et par parent se renouvelle tous les 15 ans, et donner ne déclenche aucun impôt sur votre plus-value. Celui qui reçoit repart de la valeur déclarée ce jour-là.
La succession fait la même chose sans rien décider : vos héritiers reçoivent les actifs à leur valeur du jour du décès, et c’est cette valeur qui devient leur prix d’acquisition. Le gain accumulé de votre vivant n’est jamais imposé comme une plus-value.
Le vrai risque n’est donc pas fiscal. Des crypto-actifs dont personne ne connaît l’existence ni les accès ne se transmettent pas du tout, quelle que soit l’enveloppe qu’on aurait voulu leur donner.
Ce qu’il ne faut pas faire
Vendre pour faire entrer le produit dans un contrat, sans compter le coût. Une vente contre euros déclenche l’impôt sur le gain, à 31,4 % prélèvements sociaux compris, et ce coût est immédiat quand l’avantage successoral est lointain.
Signer chez un intermédiaire qui promet une assurance-vie adossée aux crypto-actifs. Le produit n’existe pas dans ce cadre. Vérifiez son nom avant toute chose : un conseiller en gestion de patrimoine ou un courtier en assurance figure sur le registre de l’ORIAS, un prestataire de crypto-actifs sur la liste blanche de l’AMF.
Remettre la question à plus tard parce que le montage idéal n’existe pas. Un inventaire écrit et des instructions déposées chez votre notaire protègent vos héritiers davantage que n’importe quelle enveloppe.
Si vos crypto-actifs sont confiés à un prestataire agréé sous mandat, ils entrent dans la succession comme vos autres biens : une fois le prestataire signalé, le notaire lui écrit, obtient leur valeur au jour du décès et sait à qui s’adresser. C’est le point de départ de toute transmission qui fonctionne.
Investir en crypto-actifs comporte des risques et peut entraîner une perte de tout ou partie du capital investi. Cet article a une portée informative, ne constitue ni un conseil fiscal ni une recommandation personnalisée d’investissement, et ne remplace pas l’avis de votre notaire.